Dans le cadre de l'année des compétences, nous avions été invité le 25 mars à répondre à cette question :

Comment et pourquoi inscrire une EFT de la construction dans le développement durable ?

 

Cela nous a permis de dire, simplement, le parcours de Quelque Chose à Faire dans un choix sociétal d’engagement vers le Développement Durable

 

Il nous semble utile, parce que tout commence par-là d’inverser la question et de répondre en premier lieu à la question du pourquoi, mais avant tout, de cadrer le contexte dont allons faire écho ici, celui de l’EFT Quelque Chose à Faire.

L’asbl Quelque Chose à Faire est une EFT, Entreprise de Formation par le Travail active dans tous les secteurs du bâtiment. Nous sommes donc, à l’inverse de toutes les autres expériences qui participent à ce colloque, en même temps, un centre de formation et une entreprise du bâtiment. L’essentiel du travail de formation et d’insertion que nous réalisons avec plus ou moins 130 nouveaux stagiaires tous les ans, se situe sur des chantiers que nous réalisons comme entrepreneur général, pour des clients privés ou publics et pour des projets de logements d’insertion que nous réalisons sur fonds propres.

Notre histoire nous attache depuis 1981 à un cri de révolte contre une société qui marginalise un nombre bien trop important de personnes, en concentrant emploi, revenus, valorisation, droit à la parole, sur les plus productifs. Notre histoire commence par l’accueil de sans abri, sans diplôme, sans perspective. Même si tout cela s’est aujourd’hui structuré et est fortement cadré par les pouvoirs publics et les nécessités économiques, la réalité des stagiaires reste la même, 40% de nos stagiaires n’ont pas le certificat des primaires, 40 % n’ont que ce certificat d’études de base, tous sont sans emploi et la plupart depuis de nombreuses années. Près de 15 % sont justiciables, 40% sont des immigrés récents et presqu’autant peuvent être considérés sans abris décent et encore moins pour un loyer abordable.

Si notre motivation profonde reste l’avenir de chacun de nos stagiaires, nous nous sommes laissés davantage interpellé, au début des  années 2000 par le sort que nous réservions collectivement à notre planète. Les pénuries de matières premières, la fin dans moins de 30 ans de l’énergie bon marché, les pollutions, la faim pour plus d’un cinquième de la population, la consommation effrénée portée comme signe d’inclusion sociale qui ajoute souvent le surendettement aux multiples exclusions que vivent nos stagiaires.

C’est ainsi qu’en 2006, nous avons ajouté le développement durable à la raison sociale de notre ASBL. « Construire un avenir pour nos stagiaires et pour la planète ».

A cet engagement sociétal, deux autres raisons nous ont poussés à nous engager dans le développement durable et, entreprise du bâtiment oblige, l’éco-construction.

La Région Wallonne, comme tous les autres pouvoirs publics européens,  est engagée dans des programmes de limitation des besoins énergétiques. Cela se traduit dans notre secteur par des contraintes grandissantes en matière de PEB (Performance Energétique des Bâtiment). Si les exigences des années 80 et 90 étaient légères et ne nécessitaient pas de modifications significatives de nos habitudes constructives,  les critères actuels et surtout l’objectif « maisons passives » prévu en 2018 nous imposent des changements importants dans l’art de construire.

Les entreprises du secteur ont développé très peu de compétences dans ces domaines. S’inscrire dans cette démarche apporte donc pour Quelque Chose à Faire une plus-value, tant pour « l’entreprise »  et sa recherche de chantiers intéressants pour la formation que pour les stagiaires qui acquièrent des compétences et un savoir-faire qui sera recherché dans les années qui viennent.

La troisième raison est l’adéquation entre nos stagiaires et les exigences intensives de main d’œuvre pour les travaux d’étanchéité à l’air, d’isolation, d’enduit naturel, …  une main d’œuvre certes compétente, attentive, soigneuse, mais ne nécessitant pas de grandes connaissances intellectuelles.

 

Ayant fait le tour des raisons qui nous ont poussés à nous inscrire dans le développement durable et l’éco-construction, nous en venons alors au comment les mettre en œuvre.

Là aussi commençons par quelques constats :

  • Nous avons fait le choix, pour des raisons pédagogiques, d’engager des formateurs ayant une longue expérience de chantier. La moyenne d’âge des formateurs est de presque 50 ans. Cela se combine avec, pour la plupart, 30 années passées sur des chantiers dit « traditionnels » (si l’on réduit la tradition aux 50 dernières années)
  • Les chantiers de QCAF se réduisaient également, jusqu’en 2006, aux mises en œuvre de maçonnerie au mortier de ciment, au béton armé, plafonnage au plâtre, à quelques centimètres de laine de verre entre chevrons, …
  • Si aujourd’hui quelques éco-matériaux sont mis timidement à l’honneur dans divers reportages et publications ou par une valorisation dans les primes de la Région Wallonne pour l’isolation,  ce n’était pas le cas au début des années 2000. La tendance « lourde » chez la plupart des fournisseurs, des entrepreneurs, des architectes,… et des clients de notre région de Charleroi, reste à utiliser ce que l’on connait sans se poser trop de questions sur l’innocuité, sur la pénurie annoncée, sur l’énergie grise accumulée, …

Notre engagement dans le Développement Durable est sociétal avant d’être une filière nouvelle de formation. Nous voulions nous engager tous ensemble dans cette voie, avec l’ensemble du personnel et des formateurs.

Nous avons donc recherché une adhésion collective ce qui, en regard des constats énumérés ci-avant, n’allait pas de soi. Dans un premier temps, nous avons partagé le questionnement, rencontré des acteurs déjà engagés, visité des réalisations. Dans un deuxième temps, nous avons profité de quelques chantiers « nouveaux » nécessitant des compétences nouvelles pour envoyer plusieurs de nos formateurs dans des formations spécifiques en Belgique ou à l’étranger (Enduits à la chaux, soufflage de la cellulose, mise en place de freins-vapeur efficaces, isolation extérieur par panneaux en fibre de bois, …).

Ensuite, nous avons engagé un chargé de projet en éco-construction pour encadrer, amplifier, conseiller, développer des chantiers « éco » plus nombreux, surtout dû  à de réalisations de logements d’insertion dans des bâtiments qui nous appartiennent.

Aujourd’hui le « comment » implémenter le Développement Durable dans notre structure se poursuit sur quatre axes.

  • Poursuivre les formations du personnel, tant en envoyant l’un ou l’autre à l’extérieur qu’en organisant des formations internes pour tous ou par métier.
  • Compléter les expériences d’éco-chantiers de nos stagiaires par la mise en place d’un atelier de 32 heures d’initiation au Développement Durable.  « Pourquoi changer les manières de construire, utiliser des éco-matériaux, trier les déchets, isoler les bâtiments, placer un frein vapeur, … ?  Et notre vie de tous les jours dans tout cela ? »
  • Mise en place d’un module de post-formation de 7 semaines, en atelier et en stage extérieur tout à fait consacré à l’éco-construction.  Approfondir, comprendre et maîtriser dans le détail ce que le stagiaire a pu pratiquer souvent trop rapidement sur chantier. Et l’espoir que cette réalisation pourra se poursuivre  les années qui viennent.
  • Partager les compétences que nous avons progressivement acquises avec d’autres professionnels de la formation et de la construction. Des formateurs d’autres EFT, des régies de quartier, des professeurs de l’enseignement technique et professionnel et demain, si les contraintes sont levées, des ouvriers du bâtiment.
  • Porter « en propre » des projets de logements d’insertion pour nos stagiaires, où nous pouvons développer de nouvelles techniques comme par exemple la construction commencée de quatre logements bois-paille-terre.

 

 

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